Le poulet de Philippe Néri

Une dame, tout ce que secrétait de mieux la société romaine, ayant entendu parler des dons exceptionnels de confesseur de Saint Philippe Néri, se précipita un jour à confesse auprès de lui. Parmi les diverses peccadilles, elle avoua un travers dans lequel, reconnaissait-elle, elle tombait trop fréquemment, celui de dénigrer trop facilement les autres et de ne pas retenir sa langue des jugements téméraires.

L’excellent homme de Dieu, après un rapide « fervorino spirituel » et avant de l’absoudre, lui prescrivit une pénitence pour le moins inattendue : acheter un poulet, le plumer et aller disperser les plumes dans les rues de Rome.

Quelques jours plus tard, cette même dame se retrouvait agenouillée au confessionnal, et, d’une voix humble et hésitante, balbutiait qu’elle n’avait pas renoncé à son péché, ayant manqué peu d’occasions de médisances et de calomnie.

Philippe Néri s’empressa de vérifier qu’elle s’était bien acquittée de la pénitence de sa confession précédente et come il reçut une réponse affirmative, il lui prescrivit sa nouvelle réparation :   » Eh bien, ma chère dame, cette fois-ci, comme pénitence, vous allez revenir dans les rues de Rome où vous avez jeté les plumes du poulet et les récupérer une à une. »

Le saint homme de Dieu lui fit ainsi comprendre qu’il était impossible de rattraper les mots hasardeux qu’elle répandait autour d’elle.
Cette anecdote perd-elle tellement d’actualité pour notre temps ? Il serait bon de relire le chapitre 3 de Saint Jacques sur l’intempérance du langage… et sur le venin mortel que distille parfois ce membre minuscule qui est dans notre bouche.

Sans doute, vaudrait-il mieux que je dissuade mes frères prêtres de donner de pareilles pénitences si nous voulons maintenir la fluidité de la circulation dans nos rues.
B. G.